Trucs de maman

Né en 2015

16 novembre 2015

« Je m’appelle Milan. Dans trois jours, j’aurai dix mois. Je suis né en 2015. Drôle d’année pour pointer le bout de son nez, vous ne trouvez pas ?

Le 7 janvier dernier, j’étais encore dans le ventre de ma mère. Mais j’ai tout senti : son étonnement d’abord, puis son inquiétude, sa peur, sa tristesse, son bouleversement… J’ai senti qu’elle était tiraillée entre son envie de pleurer et son besoin d’être forte pour moi, pour ne pas que je m’aperçoive que quelque chose clochait. Oui, je m’en suis aperçu. D’ailleurs, j’ai décidé d’arriver avec 5 semaines d’avance sur la date prévue, « sans explication » pour les médecins. Mon explication à moi, c’est que j’avais besoin d’être près d’elle pour lui changer les idées.

Cette fois, c’était différent. Je dormais profondément quand mes parents ont appris la nouvelle. Mais le lendemain, j’étais là. Ce soir là, j’ai vu maman pleurer. Ce soir là, elle m’a serré un peu plus fort dans ses bras. Ce soir-là, j’ai bien senti qu’elle aurait voulu se blottir contre moi toute la nuit. Si j’avais su parler, je lui aurais dis de ne pas s’inquiéter.

Je suis né en 2015, mais je n’ai pas peur. Je suis fier d’être sur cette terre, je veux croquer chaque jour la vie à pleine dents. Je veux voir mes parents comblés de joie à chacun de mes éclats de rire, je veux voir mes parents éclater de rire à chacune de mes grimaces…

Je suis né en 2015, et je veux vivre en paix. »

Je me devais d’écrire un mot à propos de ce qui s’est passé. Je ne prétends évidemment pas savoir ce qui se passe dans la tête de mon fils. J’ai juste laissé mon cœur imaginer. Et puis ça m’a permis de prendre un peu de recul. J’ai souhaité attendre quelques jours avant de publier ce message. Quelques jours pour « digérer ». Finalement, je ne pense pas pouvoir digérer un jour. Quand j’étais enfant, les gens parlaient souvent de « l’an 2000 ». Ils imaginaient qu’en l’an 2000, on pourrait se téléphoner en se voyant, on pourrait regarder les programmes tv en différé, on pourrait envoyer des courriers en quelques secondes, on pourrait jouer à des jeux vidéo sans manette… Mais ils n’imaginaient pas qu’en l’an 2000 des innocents seraient fusillés aux terrasses des cafés ou dans les salles de concerts. Toutes mes pensées vont évidemment aux proches des victimes de cette horreur. L’amour vaincra !

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